« J’ai l’impression, confie von Manstein, qu’il estprofondément affecté par cette tragédie qui témoigne de l’échec criant de sonsystème, et profondément accablé aussi par le sort de tous les soldats qui, parcequ’ils ont cru en lui, ont combattu jusqu’au bout et fait leur devoir avec tantde courage et de dévouement. »

Cette posture et cette stratégie – retourner le deuilet l’échec pour cimenter autour du Führer la nation allemande –, Goebbelsles met en œuvre le 18 février lors d’une grande réunion au Sportpalast deBerlin.

Devant 14 000 personnes il prononce un granddiscours qui sera radiodiffusé, imprimé dans tous les journaux et rediffuséplusieurs fois.

Ces 14 000 personnes, commence Goebbels, sont « unéchantillon représentatif de toute la nation allemande, au front et dans lapatrie. Ai-je raison ? ».

La foule hurle « oui ! », applauditlonguement.

« Mais les Juifs ne sont pas représentés ici ! »

Le public tempête, se dresse. Et tout au long du discours, ilinterrompra deux cents fois Goebbels pour l’approuver, lui répondre.

« Êtes-vous, et le peuple allemand est-il déterminé, interrogeGoebbels de sa voix exaltée, si le Führer l’ordonne, à travailler dix, douze et,si nécessaire, quatorze et seize heures par jour et donner le maximum pour laVictoire ? »

La salle se dresse, crie « oui ! », applauditcependant que Goebbels semble accroché à son pupitre, comme un marin secoué parla tempête à la barre.

« Je vous demande, voulez-vous la guerre totale ? »

Il répète d’une voix aiguë : « Totalkrieg ! »

La vague des « oui ! » déferle durantplusieurs minutes.

« Voulez-vous qu’elle soit, si nécessaire, plus totaleet plus radicale que nous ne pouvons même l’imaginer aujourd’hui ? »

« Totalkrieg, Totalkrieg ! », scande,debout, la foule avant de marteler, frappant des pieds en cadence, faisanttrembler le plancher du Sportpalast.



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