Le Führer a décidé, annonce le speaker, qu’un deuil dequatre jours sera décrété pendant lequel tous les théâtres, music-halls, cinémasseront fermés.

L’Allemagne se recroqueville, s’enferme, souffre, pleure, maisaussi, pour la première fois, murmure.

Les membres du Parti n’arborent plus leur insigne, renoncentà se saluer en lançant bras levé le traditionnel Heil Hitler !

On ose, même avec des inconnus, colporter des rumeurs, etrépéter – signale le service de renseignements de la SS – « n’importequelle histoire drôle sans avoir à prendre en compte le risque d’être rabrouéet encore moins dénoncé à la police ».

En fait, les Allemands ne peuvent encore imaginer ce qui s’estpassé à Stalingrad et que décrivent les journalistes russes, qui eux-mêmes n’osentpas toujours l’écrire.

« C’était littéralement jonché de cadavres, dit l’un, nousles avions proprement encerclés et nos Katiouchas avaient donné à plein… Desmilliers de véhicules, de canons, et même des dépôts de vivres ont été saisis !Et j’ai vu des milliers de prisonniers allemands qu’on emmenait sur le fleuvegelé. Seigneur, quelle mine ils avaient ! Sales, de longues barbeshirsutes : beaucoup avaient des ulcères et des furoncles, et leursvêtements étaient des loques. J’en ai vu trois tomber et mourir, en quelquesminutes, de faim, d’épuisement, de froid. »

« C’est l’artillerie qui a fait le principal travail, confieun soldat. On se rapprochait des blockhaus et on les écrasait avec nosKatiouchas à trente mètres. »

Le Führer qui reçoit von Manstein, le samedi 6 février,dans sa tanière du loup, semble pour la première fois conscient de sesresponsabilités personnelles dans l’échec. Il manifeste même du remords, sachantaussi que c’est ainsi qu’il peut convaincre von Manstein.

Le Feldmarschall ne peut qu’être sensible au fait que Hitlerdéclare que « parce qu’il est le Führer, il porte seul la responsabilitéentière de la fin tragique de la VIe armée ».



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