« Je vous accuserai publiquement d’avoir empêché l’ententeavec Giraud, tempête Churchill. Je dresserai contre votre personne l’opinion demon pays et j’en appellerai à celle de la France. Je vous dénoncerai auxCommunes et à la radio. »

De Gaulle le toise.

« Libre à vous de vous déshonorer », dit-il.

Maintenant, il faut voir Roosevelt, refuser encore, malgréle ton énergique du Président, qui tout à coup se calme.

« Dans les affaires humaines, il faut offrir du drameau public, dit Roosevelt.

— Laissez-moi faire, dit de Gaulle, il y aura uncommuniqué, bien que ça ne puisse être le vôtre. »

Ce sont les derniers moments de la conférence. Churchillarrive en même temps qu’une foule de chefs militaires et de fonctionnairesalliés qui se rassemblent autour de Roosevelt.

Churchill est rouge de colère. De Gaulle le voit s’avancer, l’indexlevé. Churchill crie en français :

« Mon général, il ne faut pas obstacler la guerre ! »

Pourquoi répondre ?

De Gaulle lui tourne le dos. Roosevelt est aimable, souriant.

« Accepteriez-vous tout au moins, dit-il, d’êtrephotographié à mes côtés et aux côtés du Premier ministre britannique en mêmetemps que Giraud ?

— Bien volontiers, car j’ai la plus haute estime pource grand soldat.

— Iriez-vous jusqu’à serrer la main du général Girauden notre présence et sous l’objectif ?

— I shall do that for you. »

On sort dans le jardin. On installe des fauteuils. On porteRoosevelt, qui sourit, la tête levée.

Churchill, le chapeau enfoncé jusqu’aux sourcils, mâchonneson cigare, s’efforce lui aussi de sourire. Comédie.

De Gaulle serre la main de Giraud à l’invitation deRoosevelt, puis recommence à la demande des photographes.

L’essentiel est d’avoir su dire non.

Il reste, pour conclure la pièce, à rédiger un texte anodin.De Gaulle l’écrit, mais Giraud récuse l’expression « libertésdémocratiques ».



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