Giraud… Le désir des Américains… vise à maintenir Vichy pour le ramener dans lavictoire… et établir un pouvoir français qui ne tienne que grâce à eux et n’aitpar conséquent rien à leur refuser… J’ai vu le général Giraud… dans l’ambiancequ’ils ont créée ici pour la circonstance et qui rappelle celle deBerchtesgaden. Giraud me fait l’effet d’un revenant de 1939… Je crains qu’on nele manœuvre aisément en pesant sur sa vanité… Je n’accepterai certainement pasla combinaison américaine… Dans l’hypothèse extrême d’une rupture, Washingtonet Londres présenteront les choses à leur manière, c’est-à-dire en m’accablant.J’aurai alors peu de moyens d’informer la France et l’Empire. C’est pourquoi jevous écris cette lettre en vous demandant d’en faire et d’en faire faire étatle plus publiquement possible si les choses se gâtaient tout à fait… Les bonsFrançais d’Afrique du Nord pourront voir ainsi que je ne les aurai pas trahis. »

Il confie la lettre à Boislambert. Il se sent mieux. Demain,il verra Giraud.

Pénible discussion. Il montre à Giraud la déclaration defidélité à Pétain que celui-ci a signée en 1942.

« C’est vrai, j’avais oublié », dit négligemmentGiraud.

Et pourtant, cet homme est un patriote. Mais il estsatisfait du plan anglo-américain : le triumvirat Giraud, de Gaulle, Georges,où naturellement il jouerait le rôle principal.

De Gaulle dit d’une voix ironique :

« En somme, c’est le Consulat, à la discrétion de l’étranger.Mais Bonaparte obtenait du peuple une approbation pour ainsi dire unanime… »

Il ne signera pas le communiqué que préparent le consulaméricain, Robert Murphy, et l’Anglais MacMillan. Il ne se prêtera pas à cette « combinaison »dictée par l’étranger.

« Mais, dit-il, j’accepterai de revoir le Président etle Premier ministre. »

Dès les premiers mots, le 24 janvier, il mesure lavéhémence de Churchill. Il reste impassible.



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