
Et l'un de ses camarades, qui a combattu en Biélorussie, ajoute :
« Ils ont fait littéralement un désert de ce pays ! »
Rommel suit chaque jour l'avancée de l'armée Rouge, sur une grande carte du front de l'Est.
Les Russes semblent poussés en avant par la haine qui les anime.
Sur le Dniepr, ils encerclent plusieurs divisions allemandes.
Rommel s'interroge : pourra-t-on contenir cette ruée, qui ne se soucie pas des pertes qu'elle subit ?

Il a ces questions en tête quand il se rend, le 20 mars, comme tous les chefs des armées du front de l'Ouest, à une rencontre avec le Führer.
Adolf Hitler, tenant serré son poignet gauche dans sa main droite, est voûté, son visage parcouru parfois de tics. Mais la voix sourde est énergique, comme celle d'un homme qui trouve au fond de soi la volonté de faire face.
Rommel est assis près du Feldmarschall von Rundstedt, qui est le commandant en chef des forces armées du front de l'Ouest.
« Il est bien évident, commence le Führer, que le débarquement anglo-américain à l'Ouest est inévitable, et qu'il aura lieu. Mais nous ignorons où et quand ce sera. »
Hitler va et vient, ne regardant pas les officiers. Quand il relâche son poignet gauche, sa main se met à trembler. Il la serre aussitôt.
« L'ennemi, poursuit Hitler, a besoin de s'emparer de ports. Il faudra l'en empêcher.
« J'ai ordonné que les ports soient transformés en places fortes... Le commandant de la place est personnellement responsable de la défense jusqu'à la dernière cartouche, jusqu'à la dernière boîte de conserve, c'est-à-dire jusqu'au moment où la dernière possibilité défensive aura été épuisée. »
