
L'emprise du Führer sur les officiers figés est totale. Le Führer fascine.
« Le débarquement ne doit pas durer plus de quelques jours, de quelques heures, martèle-t-il. L'exemple de Dieppe doit nous servir de modèle.
« Une fois le débarquement repoussé, l'ennemi ne renouvellera certainement pas sa tentative. Le moral des Anglo-Américains sera brisé. »
Rommel est saisi par une sorte de vertige quand il entend le Führer dire, d'une voix tout à coup exaltée :
« Cet échec empêchera la réélection de Roosevelt. La chance aidant, il pourrait bien finir ses jours en prison... En Angleterre, Churchill, étant donné son âge, son état de santé et la perte de prestige qu'il subirait, serait désormais incapable d'imposer une nouvelle tentative de débarquement.
« Le front de l'Ouest est donc l'élément capital dans l'ensemble des opérations de la guerre. »
Hitler serre les poings, s'avance vers le premier rang, dévisage chacun des généraux, fixe longuement Rommel puis von Rundstedt.
« L'issue de cette guerre et le destin du Reich dépendent de chaque combattant du front de l'Ouest, théâtre d'opérations numéro un de ce conflit. Il faut donc que chaque officier ou homme de troupe vive dans le sentiment que tout dépend de son effort individuel. »
Hitler quitte la pièce et le charme se rompt.
Rommel essaie de faire part à von Rundstedt de l'importance capitale de la maîtrise du ciel. « En Afrique, la supériorité aérienne des Anglo-Américains a été le facteur déterminant de notre défaite », dit-il.
Rundstedt l'écoute distraitement.
La plupart des officiers n'ont que l'expérience de la guerre sur le front de l'Est. Ils parlent avec ironie et dédain des Anglo-Américains, piètres soldats, qui devront affronter des vétérans de Russie.
Rommel tente de se faire entendre : les Anglais et les Américains sont d'habiles adversaires. Il a subi leur assaut en Afrique.
