« Je me rappelle cette nuit fatale du 17 février 1944. Il soufflait un terrible blizzard. Le général Koniev, à bord d'un tank, avançait avec nous dans le "corridor", battu par l'artillerie. Moi, j'allais à cheval d'un point du corridor à l'autre, porteur d'un ordre du général. Il faisait si noir que je ne distinguais pas les oreilles du cheval. Je parle de cette obscurité et du vent car ils jouèrent un rôle important dans la bataille... C'est cette nuit-là que les Allemands, ayant perdu tout espoir d'être secourus, décidèrent de faire un ultime effort pour percer.

« Ils venaient de passer une soirée délirante à l'abri dans les maisons d'un gros village dont ils avaient chassé les habitants. Les quelques vaches qui restaient au village avaient été abattues et dévorées avec une frénésie de cannibale. Un tonneau de choux marinés découvert dans une hutte fut littéralement dépecé. Depuis l'encerclement, ils étaient à court de vivres. Et ils avaient beaucoup bu... »

Les Allemands quittent ce village sous les bombardements déments de l'artillerie et de l'aviation russes.

Ils achèvent leurs blessés d'une balle dans la nuque. Ils mettent le feu aux voitures d'ambulance pleines de morts.

Puis commence la marche, dans la nuit et le vent, au fond des ravins afin de ne pas être vus des Russes.

Illusion ! Les Russes les observent, les suivent, les attendent à la sortie des ravins.


« Spectacle étrange, continue le major Kampov, que ces deux colonnes allemandes formées en triangle et essayant de briser l'encerclement. Elles ressemblaient à deux énormes essaims. En tête et sur les flancs, ils avaient mis les SS de la division Viking et de la division belge Wallonie, reconnaissables à leurs uniformes gris perle. Ces SS étaient encore en bonne condition physique. À l'intérieur du triangle, il y avait la troupe ordinaire : une horde épuisée avec, en son centre, un petit noyau d'officiers d'élite, qui avaient l'air assez bien nourris.



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