Chaque jour, il reste un long moment devant la carte du front de l'Est.

Certes, le Führer répète que tout se jouera sur le front de l'Ouest. Rommel veut s'en convaincre, mais les flèches qui, sur la carte de la Russie, de l'Ukraine, tracent la progression de l'armée Rouge s'enfoncent en lui.

Ses chiens se frottent à ses jambes, mais il les écarte et n'est plus distrait par leurs jeux et leurs gambades.


Les troupes russes des généraux Koniev et Vatoutine foncent vers la Roumanie après avoir forcé le passage des rivières - le Boug, le Dniepr, le Prout.

Des avant-gardes de l'armée Rouge se rapprochent d'Odessa, et c'est toute la Crimée qui peut se transformer en nasse pour près de 200 000 soldats allemands.


Rommel ne peut imaginer ce que ressentent les Russes lorsqu'ils découvrent, dans les territoires qu'ils libèrent, les fosses communes, les corps torturés à peine recouverts d'une mince couche de terre.

Là où l'Allemand a régné flotte une odeur de mort.


Mais Rommel mesure l'élan et les prouesses de l'armée Rouge. Les soldats traversent les fleuves sur des radeaux de fortune composés de bidons vides et de planches. Certains hommes atteignent l'autre rive accrochés à des branches.

Les décorations distribuées par milliers récompensent et distinguent ces soldats qui prennent des initiatives offensives.

Ainsi, au début de février, eu dépit de la boue épaisse et de plusieurs mètres recouvrant l'Ukraine d'une glue noirâtre, l'armée Rouge avance.

Elle tue 55 000 Allemands, capture près de 20 000 hommes dont certains lancent, bras levés : « Hitler, Kaputt ! »


Un officier russe, le major Kampov, raconte l'une des nuits de cette offensive, quand les Russes réussissent à encercler des milliers d'Allemands[1].



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