Koniev, qu'on appelle « le général qui ne recule jamais », poursuit après cette victoire de Korsun son offensive, en dépit de la boue, des « routes mortes ».

Mais les chars T34 et les camions américains Studebaker triomphent de la boue.

Et Koniev s'enfonce en Ukraine, laissant derrière lui la plaine jonchée de casques allemands. Les corps ont été entassés dans des fosses à même la terre, comme pour les dépouilles des soldats russes.

« Si on avait voulu les inhumer individuellement, dit le major Kampov, il nous aurait fallu une armée de fossoyeurs. »




3.

L'« armée des fossoyeurs », contrairement à ce que pense le major Kampov, existe dans l'Europe occupée par les nazis.


En janvier 1944, c'est une immense troupe constituée par les Allemands, dès qu'ils sont entrés en Pologne en septembre 1939.

Les Einsatzgruppen ont choisi parmi les Juifs qu'ils allaient abattre d'une balle dans la nuque ceux qui devaient creuser les fosses.

Et ceux-là seraient tués les premiers ou les derniers, c'était selon la fantaisie ou les habitudes de l'officier SS qui commandait l'opération.

Les Sonderkommandos des camps d'extermination qui recueillaient les corps encore chauds sortis des chambres à gaz, à Treblinka, faisaient partie de cette armée de fossoyeurs.

Elle était présente dans les villes et les villages d'Europe, de la Bretagne à l'Ukraine, de la Flandre à la Grèce, en Yougoslavie et en Italie, là où la Résistance a créé des maquis, organise des attentats, des sabotages.



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