
Il n'a pas voulu le départ du Duce. Tous les inculpés répéteront à peu près dans les mêmes termes cette déclaration qui pour ces six hommes correspond sans doute à la vérité : « La situation du Duce était hors de question », dira Ciano.
Seul Marinelli se traîne en pleurant, explique comment, sourd, il n'a pas pu suivre la séance du Grand Conseil, et a voté l'ordre du jour Grandi sans savoir.
Le 10 janvier, à 13 h 40, le président du tribunal lit d'une voix inintelligible les sentences : dix-huit condamnations à mort dont cinq frappent les six accusés présents dans le box.
Ciano dit à De Bono en montrant Cianetti :
« Il n'y a que lui qui s'en sort, pour nous c'est fini. »
Et il se signe. Cianetti est condamné à trente ans de prison ; il s'était, sitôt après le vote du Grand Conseil, rétracté auprès de Mussolini.
« Pour moi, qu'ont-ils décidé ? demande Marinelli qui n'a rien entendu.
- La mort comme pour nous. »
Marinelli s'évanouit.
Dehors, les Squadristi (membres du Squadre, sections fascistes) stationnent. Des cris de « à mort, à mort » sont lancés. Il faut garder les condamnés, pâles et résignés, au Castel Vecchio, pendant plus de deux heures, en attendant que les sections de fascistes aient évacué la ville.
Mussolini est resté seul pendant toute la journée. Bientôt, on lui apporte la nouvelle, lui décrit le comportement de chacun des accusés.
« Marinelli n'arrivera jamais devant le peloton, dit Mussolini sèchement, il faudra qu'on le porte. »
Puis il s'explique, se justifie :
« Le dilemme que j'ai posé devant le Grand Conseil était clair. Voter l'ordre du jour Grandi signifiait ouvrir la crise du régime et ma succession. Grandi, Bottai, Federzoni le savaient. Ciano a joué cette grosse partie avec eux. »
Il n'y eut pas de grâce. Pavolini a fait refuser les recours par un général de la Milice, évitant ainsi à Mussolini d'avoir à se prononcer sur le cas de Ciano. Mais Mussolini n'a-t-il pas dit déjà :
