« Nous aurions ainsi l'occasion d'avoir des entretiens dont le besoin se fait sentir depuis si longtemps. Ma femme est avec moi et si Mme de Gaulle voulait bien accepter de vous accompagner, nous en serions tous les deux ravis. »


De Gaulle regarde les diplomates qui se pressent autour de lui dans le grand salon de la présidence du CFLN.

Le bruit de l'invitation de Churchill doit déjà résonner dans tout Alger.

« L'année 1944, dit de Gaulle, cette année qui commence, trouve la plus grande partie du monde encore engagée dans les épreuves d'une guerre sans exemple, elle semble cependant apporter aux peuples une espérance de paix. »


Il s'interrompt.

Il a appris il y a quelques jours que des dignitaires nazis aussi proches de Hitler que Goebbels, Himmler, Goering, envisagent une paix de compromis avec Churchill ou même Staline.

Que des généraux - et même des maréchaux - de la Wehrmacht ont un objectif identique, persuadés qu'un renversement d'alliances peut se produire, si Hitler est écarté, tué.

Une coalition « occidentale » pourrait alors se constituer face à la menace bolchevique.

Et peut-être à Londres ou à Washington certains pensent de même.


Mais c'est le devoir - et l'intérêt - de la France d'empêcher ce « retournement ».


De Gaulle reprend la parole, évoque « la cruauté du conflit qui ravage la terre ». Puis, haussant le ton, martelant chaque mot, il dit qu'il faut supprimer les causes de ce conflit.

« C'est-à-dire en premier lieu les ambitions sans frein et les abus abominables de la force, imputables à ceux qui en Europe et en Asie en ont fait les règles de leurs actes, parce qu'ils sont les vices de leur nature. »

Telle est la position de la France : reddition inconditionnelle du IIIe Reich et de l'empire du Soleil Levant, ce Japon militarisé et conquérant.



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