« Dieu veuille que l'année 1944 apporte à l'univers le terme de ses souffrances par le triomphe de la justice ! »


Les Allemands souffrent.

Leurs villes brûlent, bombardées jour et nuit par les escadrilles de la Royal Air Force et de l'US Air Force.

Mille cinq cents tonnes de bombes larguées par mille avions de la RAF tombent en un seul jour du mois de janvier 1944 sur Berlin.

Le ciel et le sol semblent ne plus être qu'un seul et immense brasier dans lequel s'enflamment et se consument en quelques secondes des milliers de corps et, parmi eux, tant de corps d'enfants. Ces incendies, ces destructions, cette tuerie de civils sont les emblèmes noir et rouge de ce mois de janvier 1944.


Et d'autres Allemands, juifs, débarquent des wagons à bestiaux à Auschwitz.

Ces déportés arrivent du ghetto-camp de concentration de Theresienstadt. Ils passent en longues files apeurées, stupéfaites, devant un SS, et parfois le docteur Mengele - médecin du camp qui recherche des cobayes pour ses expériences criminelles et folles - participe à la sélection des détenus.

La « secrétaire » des SS, une détenue d'une vingtaine d'années, murmure à une fillette de 13 ans, Ruth, qui piétine dans la file : « Dis que tu as 15 ans. »

Au SS qui la questionne :

« Toi ! Quel âge as-tu ? »

Elle répond :

« J'ai 15 ans. »

Le SS hésite.

« Elle est encore bien petite », dit-il.

Il est le maître de la vie et de la mort.

L'une des files de déportés conduit aux chambres à gaz, l'autre vers le camp de travail.

La secrétaire du SS examine la fillette.

« Mais elle est solidement bâtie, dit-elle. Elle a des jambes musclées, elle peut travailler, regardez ça ! »

C'est un marché aux esclaves, une foire où l'on évalue la qualité du bétail.

Le SS cède et la secrétaire relève le numéro de Ruth.



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