
Dans les unités de SS servent des Russes de l'armée Vlassov, hommes à la dérive qui tuent et pillent par habitude et désespoir.
Et puis il y a les fascistes.
Chaque ville a sa « maison de torture » : Villa Tasso à Rome, où l'on retrouve Pollastrini rescapé du 25 juillet 1943 ; parfois, il s'agit d'un simple appartement dans un immeuble bourgeois où de petits commandos de bourreaux opèrent sous les ordres d'un chef et règlent, en dehors de tout contrôle, leurs propres opérations.
L'horreur démente atteint des profondeurs inhumaines : on arrache les paupières, on serre les tempes entre des pinces acérées. Le questeur Caruso et le chef de police Kappler tiennent ainsi Rome.
À Milan, c'est à l'hôtel Regina que siègent les fascistes et les SS.
À Florence, Carità « invite » ses victimes à assister aux pires orgies après les séances de torture.
À Rome, le général Maelzer se livre lui aussi à la débauche.
Dans cette période de mort, la violence déchaînée entraîne chez les bourreaux la perte de toute humanité et chez beaucoup d'italiens la régression de la moralité.
À un résistant, durant un dur interrogatoire, le capitaine Saeveki, des SS, crie : « Vous vous en prenez à nous, prenez-vous-en à vos concitoyens. Chaque jour sur mon bureau s'accumulent les paquets de dénonciations contre les patriotes. »
Car les espions sont innombrables. Fascistes convaincus ou pauvres bougres entraînés, ils écoutent, ils désignent. Dans un train ouvrier qui roule vers Milan par un matin grisâtre, une femme bavarde dans le silence :
« Si j'étais un homme, je serais partisan », dit-elle.
Quelqu'un la fait parler. Tout à coup, le train s'arrête en rase campagne, des miliciens fascistes montent dans le wagon et l'homme qui a bavardé complaisamment avec la malheureuse voyageuse la dénonce ; elle sera abattue par une décharge de mitraillette sur le ballast.
