
À ceux qui blâment - et ils sont nombreux - l'exécution de Gentile, les partisans de Giustizia e Libertà tentent de répondre par des tracts, des articles dans les journaux clandestins :
« C'était, dit-on, un honnête homme, un homme de culture. Mais aujourd'hui le peuple d'Italie lutte pour la vie et pour la mort, sans hésitation, sans pitié. C'est une lutte sans quartier, exaltante et terrible comme est sans hésitation la nécessité morale qui la guide, sans pitié la justice historique qui par elle s'accomplit. »
En Italie, en fait, comme dans toute l'Europe en guerre, est posé l'éternel et cruel problème de la violence.
Et la lutte s'approfondit.
Les unités de partisans se multiplient : formation Matteotti des socialistes ; groupes Giustizia e Liberté ; groupes autonomes de militaires et de catholiques.
Les Allemands sont contraints, pour protéger leurs voies de communication, de procéder à de grands rastrellamenti (ratissages).
Dans les vallées du Piémont, les blindés progressent sur les routes longeant les rivières, un avion de reconnaissance dirige le tir des mortiers ; des troupes alpines spécialisées montent à l'assaut des cimes.
Les partisans passent d'une vallée à l'autre, tiraillent cependant que les villages brûlent, que les SS font sauter, après y avoir enfermé propriétaires et animaux, les maisons des guides.
Parfois, toute la population d'un village est rassemblée sur la place et le prêtre tombe le dernier, abattu par les rafales de mitrailleuse, sur les corps de ses paroissiens entassés, vieux et enfants mêlés à leurs parents.
Des dizaines de pendus (cinquante-trois dans un seul cas) marquent le passage d'un « bataillon maudit » de SS ; des fours crématoires fonctionnent aux portes de Trieste ; les Juifs qui se terrent dans les hauts villages sont pourchassés, les prisonniers alliés s'évadent, traqués.
