On avait l’impression que, dans les plis de son visage, il y avait de la poussière. Winston la suivit le long du palier. Ces besognes d’amateur, pour des réparations presque journalières, l’irritaient chaque fois. Les appartements du bloc de la Victoire étaient anciens (ils avaient été construits en 1930 environ), et tombaient en morceaux. Le plâtre des plafonds et des murs s’écaillait continuellement, les conduites éclataient à chaque gelée dure, le toit crevait dès qu’il neigeait, le chauffage central marchait habituellement à basse pression, quand, par économie, il n’était pas fermé tout à fait. Les réparations, sauf celles qu’on pouvait faire soi-même, devaient être autorisées par de lointains comités. Elles étaient sujettes à des retards de deux ans, même s’il ne s’agissait que d’un carreau de fenêtre.


– Naturellement, si je viens, c’est que Tom n’est pas là, autrement… dit vaguement Mme Parsons.


L’appartement des Parsons était plus grand que celui de Winston. Il était médiocre d’une autre façon. Tout avait un air battu et piétiné, comme si l’endroit venait de recevoir la visite d’un grand et violent animal. Sur le parquet traînaient partout des instruments de jeu – des bâtons de hockey, des gants de boxe, un ballon de football crevé, un short à l’envers, trempé de sueur. Il y avait sur la table un fouillis de plats sales et de cahiers écornés. Sur les murs, on voyait des bannières écarlates des Espions et de la Ligue de la Jeunesse, et un portrait grandeur nature de Big Brother. Il y avait l’odeur habituelle de chou cuit, commune à toute la maison, mais qui était ici traversée par un relent de sueur plus accentué. Et cette sueur, on s’en apercevait dès la première bouffée – bien qu’il fût difficile d’expliquer comment – était la sueur d’une personne pour le moment absente. Dans une autre pièce, quelqu’un essayait, à l’aide d’un peigne et d’un bout de papier hygiénique, d’harmoniser son chant avec la musique militaire que continuait à émettre le télécran.



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