Le Général souffrait. Physiquement. Comme si on l’avait accusé de trahison, lui. Il secoua la tête et dit :

— Ned, vous êtes un brave type. Mais pour l’instant, nous n’avons pas le droit d’être de braves types. Foster Hillman s’est suicidé il y a trois heures. Sans aucune raison apparente. Il n’était ni malade ni fou. Or, l’expérience nous a appris que dans notre métier, rien n’était impossible. Le suicide est une façon comme une autre de se sortir d’une situation impossible.

— C’est comme si vous soupçonniez le Président lui-même, remarqua Ned Donovan. Foster Hillman était l’homme le plus intègre que j’aie jamais rencontré. Vous pensez qu’il a trahi ?

Radford écrasa son bras velu sur le bureau et rugit :

— Crétin, je ne dis pas qu’il a trahi, je veux prouver le contraire. Et que vous m’aidiez. Pourquoi a-t-il détruit ce dossier ?

Donovan secoua la tête :

— Je n’en ai pas la moindre idée. Autant que je m’en souvienne, il ne contenait que des renseignements de famille anodins. Une sorte de curriculum vitae. Sans aucun intérêt. Du point de vue Sécurité, je n’avais rien eu de récent sur Hillman. Évidemment, ajouta-t-il tout de suite devant l’énormité de ce qu’il venait de dire. Soupçonner le patron de la C.I.A. !

— Et sur sa vie actuelle ! insista Radford.

Donovan croisa les mains sur ses genoux, cherchant à rassembler ses souvenirs, et commença :

« Vous savez qu’il était veuf. Il vivait en célibataire dans un grand appartement de la rue N, à Washington, n’avait aucune liaison, ne jouait pas, ne se droguait pas, n’était pas homosexuel. Côté argent, sa fortune personnelle le mettait très largement à l’abri du besoin s’il lui avait pris la fantaisie de s’arrêter de travailler demain. En gros, c’est tout. Très peu d’amis. Pas mondain. Travaillant quinze heures par jour. Ici.



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