Radford resta silencieux après cette tirade, puis murmura :

— C’est impossible. Il ne peut pas avoir trahi. Pas lui. Ned Donovan renchérit :

— En plus vous savez comme moi que si Hillman avait voulu trahir, nous mettrions peut-être plusieurs années avant de le découvrir par recoupements. À son poste, il avait accès à trop de choses. Il était invulnérable. Alors ? Pourquoi ce suicide brutal ?

— Faites quand même vérifier ses comptes en banque, voir s’il a eu des rentrées de source inconnue, fit Radford, un peu honteux. Je vais alerter certains de nos agents à l’Est pour savoir s’ils n’ont pas eu vent de la trahison d’un personnage haut placé. Sans donner de détails.

— Gare à l’intox, avertit Donovan.

Il imaginait la joie qu’auraient les Services de Renseignements ennemis à brouiller les cartes.

On frappa à la porte. Radford déclencha l’ouverture électrique sans se lever. C’était Francis Power. Il avait le cheveu blanc et rare qu’il brossait rarement. On aurait pu aussi bien lui donner cinquante ans que soixante-dix. Ses yeux bleus et clairs, couleur du granit de la Nouvelle-Angleterre, pétillaient d’intelligence. Il serra longuement la main de Radford.

— Ce qui est arrivé est affreux, dit-il.

— Et ce qui risque d’arriver l’est encore plus, souligna Radford, asseyez-vous et écoutez, pour le moment.

Il pointa son cigare éteint sur Donovan :

— Au fond, fit-il, vous auriez peut-être pu empêcher ce suicide. En réagissant immédiatement.

Ned Donovan rougit :

— Ce que vous dites est injuste, Général. Dès que j’ai été averti que le magnétophone enregistrant les conversations de M. Hillman était débranché dans son bureau, je vous en ai averti. Vous ne vouliez pas vous en occuper…



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