Ce sera, je l’espère, le dernier coup porté à mon passé, la mise à mort d’une mémoire qui a grevé mon existence. Le sang sur mes mains ne séchera pas, les injustices perpétrées au nom de l’Un et de l’Église monclale ne seront pas réparées, mais mes victimes me pardonneront puisque j’aurai extirpé tout jugement de mon cœur, puisque j’aurai réintégré le cercle…

[Suivent dix lignes indéchiffrables.]

…civilisation dominante d’Ester, indubitablement technologique, industrielle, laborieuse, matérialiste. Maintenant que je la contemple depuis un lointain observatoire, je m’aperçois qu’il ne fait pas bon vivre sur cette petite planète perdue dans l’un des bras spiraux de la galaxie Endrome – mais peut-être cette situation s’est-elle modifiée ? Si je ne me trompe pas dans mes calculs, trois siècles se sont écoulés sur Ester depuis notre départ. D’abord il y règne une chaleur accablante tout au long de l’année, hormis pendant les deux derniers cycles de Vox où les températures atteignent moins trente degrés. Ensuite l’océan qui sépare les deux continents et ceinture de part en part la planète sur une largeur de douze mille kilomètres entre régulièrement en ébullition, réchauffé par des éruptions volcaniques sous-marines qui rendent la navigation quasiment impossible et entraînent la formation de brumes perpétuelles. Son véritable nom est Osqval mais il a bien mérité le surnom usuel de « bouillant » et les divers sobriquets dont l’affublent les gens du peuple, la marmite, le chaudron, la chaude-pisse qval ou encore l’ébouillanteur.



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