
La légende d’Ellula (Ellula, Eulan, les deux noms semblent avoir la même étymologie : l’héroïne ne serait-elle que la variante archétypique féminine du prophète ?) raconte quant à elle l’histoire d’une nef céleste qui transporte la jeune Ellula et Xion, un prince endormi. Guidée par le souffle divin d’Aloboam, la nef atterrit sur Ester au cœur des monts Qvals. Pendant sept ans, sept mois et sept jours, Ellula tente en vain de réveiller le prince Xion. Désespérée, elle supplie Aloboam de lui venir en aide : le dieu se fait alors rayon d’étoile, vient se nicher dans le creux de sa main et lui conseille d’explorer les montagnes environnantes. Je renonce à narrer par le détail les nombreux exploits d’Ellula, il nous suffira de savoir qu’après avoir triomphé des terribles Qvals elle découvre la source du renouveau (l’eau d’immortalité de l’Église monclale ne proviendrait-elle pas de la source décrite dans la légende kropte ?), en recueille quelques gouttes dans un gobelet d’argile qu’elle verse dans la bouche de Xion. Le prince se réveille, l’épouse, sept enfants naissent de leur union, un garçon et six filles qui fondent la cité de Kropt. Après une série de catastrophes provoquées par le maître déchu des Qvals, ils traversent l’océan bouillant sur de simples radeaux pour s’installer sur les terres plus fécondes du Sud.
Je pourrais multiplier les exemples mais ces deux-là, puisés au sein d’une communauté cohérente, solidaire, illustrent mieux que tout discours les incertitudes qui pèsent sur l’apparition de la vie humaine sur Ester, et je souhaite bien du plaisir à l’historien qui s’acharnerait à rassembler les pièces du puzzle. Pour ma part, je commence à me faire une opinion sur la question et je me hasarderai à présenter ma version des faits si le temps me laisse un peu de répit. En aucun cas je ne prétends à la vérité, car j’en suis arrivé à conclure que la vérité n’existe pas, ou plus exactement qu’elle n’a pas de centre localisable, fiable, qu’elle est le produit, toujours mobile, toujours fuyant, d’un simple faisceau de convergences, qu’elle se déplace au gré des regards que lui accordent les chercheurs, mais j’éprouve le besoin de recréer, à ma manière, la genèse de ma planète natale, conscient qu’une grande part d’orgueil et de puérilité sous-tend ce projet.