J’ai moi-même égorgé des prêtres astafériens avec le poignard traditionnel des frères omniques, j’ai torturé des femmes et tracé sur leur corps le symbole d’Astafer, l’étoile à six branches, j’ai soutenu de fausses accusations contre les ermites du culte de Vox… J’en retirais à l’époque du plaisir et de la fierté, persuadé que j’agissais dans l’intérêt de l’Un. J’œuvrais pour l’horreur avec le zèle impudent des exaltés, je croyais gagner ma place parmi les élus, brûlais du feu sacré de ma mission, jouissais des coups que je donnais, du sang qui m’éclaboussait, des ultimes souffles qui m’effleuraient. Lorsque le dégoût a brisé la digue érigée par ma foi, il m’a balayé avec la force d’un torrent. Je me demande encore comment j’ai réussi à surnager au milieu de ces flots d’amertume, de ces remords froids qui me rongeaient comme des acides. Les exactions des moncles passèrent inaperçues au milieu des vagues criminelles qui submergeaient le continent Nord, les satellites, et jetaient autant de coupables que d’innocents dans les prisons dont la plus célèbre est – était – celle de Dœq.

Le culte d’Astafer, qui avait empoisonné l’Église monclale pendant plus de quinze siècles, disparut pratiquement de la surface d’Ester en moins de vingt ans. Je fus convoqué par le conseil des dioncles au début de l’hiver de Vox en l’an 2781 du calendrier monclal. Je m’imaginais que mes supérieurs, satisfaits de mes bons et loyaux services, m’élèveraient à la dignité de dioncle. J’étais loin de la vérité, mais le centre de la vérité, je le répète, est insaisissable…

Extraits du journal du moncle Artien.

CHAPITRE PREMIER

DŒQ

Adossé au massif du Qval, bâti d’énormes blocs de granit noir, le pénitencier de Dœq était sans doute la construction la plus monumentale du continent Nord, plus imposante que le siège du gouvernement estérien, que le grand temple de l’Église monclale ou que le palais tarabiscoté de l’Astafer.



8 из 492