Le premier mur d’enceinte s’étendait sur une dizaine de kilomètres, percé tous les cinq cents mètres d’une porte métallique, hérissé de tours de surveillance, recouvert d’un filet serré de lignes magnétic entrecroisées d’où tombaient de temps à autre de somptueuses grappes d’étincelles bleues. La prison originelle, un petit centre de détention pour délinquants mineurs, avait d’abord été agrandie pour faire face aux premières vagues de criminalité, puis de nouvelles constructions étaient venues s’emboîter les unes dans les autres, toujours plus hautes, toujours plus vastes, jusqu’à ce que l’administrateur de la région qval – l’ancien territoire des Qvals annexé en 2750 du calendrier monclal – décide d’édifier ce gigantesque mur d’une hauteur de cent cinquante mètres. Dressé comme un paravent monstrueux devant les lignes déchiquetées des montagnes noires, il avait l’incontestable mérite de soustraire aux regards des riverains et des voyageurs la tumeur architecturale du pénitencier.

Dœq accueillait à présent la plupart des meurtriers masculins d’Ester et des satellites, membres de la pègre, fanatiques religieux, terroristes, tueurs en série, psychopathes. La population carcérale ayant augmenté dans des proportions alarmantes – cent cinquante-sept mille prisonniers lors du dernier recensement –, l’administrateur avait requis auprès des autorités estériennes l’autorisation d’organiser des exécutions en masse. Une délégation composée de membres du gouvernement, de mentalistes et de techniciens s’était présentée le lendemain pour lui expliquer que les détenus de Dœq entraient dans un projet classé pour l’instant secret, qu’il ne fallait donc pas les exterminer mais organiser une telle promiscuité, une telle pénurie, une telle insécurité qu’ils se réguleraient d’eux-mêmes et que, par le biais de la sélection naturelle, les plus faibles seraient éliminés au profit des plus forts.



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