
C’est sur ces deux chemins que m’est venue l’idée de toute la première partie de Zarathoustra, avant tout Zarathoustra lui-même, considère comme type; mieux encore, il est venu sur moi» (jeu de mot sur
er fiel mir ein et
er überfiel mich). Nietzsche a plusieurs fois certifié n’avoir jamais mis plus de dix jours à chacune des trois premières parties de Zarathoustra: il entend par là les jours où les idées, longuement mûries, s’assemblaient en un tout, où, durant les fortes marches de la journée, dans l’état d’une inspiration incomparable et dans une violente tension de l’esprit, l’œuvre se cristallisait dans son ensemble, pour être ensuite rédigée le soir sous cette forme de premier jet. Avant ces dix jours, il y a chaque fois un temps de préparation, plus ou moins long, immédiatement après, la mise au point du manuscrit définitif; ce dernier travail s’accomplissait aussi avec une véhémence et s’accompagnait d’une «expansion du sentiment» presque insupportable. Cette «œuvre de dix jours» tombe pour la première partie sur la fin du mois de janvier 1883: au commencement de février la première conception est entièrement rédigée, et au milieu du mois le manuscrit est prêt à être donné à l’impression. La conclusion de la première partie (De la vertu qui donne) «fut terminée exactement pendant l’heure sainte où Richard Wagner mourut à Venise» (13 février).
Au cours d’un «printemps mélancolique» à Rome, dans une loggia qui domine la Piazza Barbarini, «d’où l’on aperçoit tout Rome et d’où l’on entend mugir au-dessous de soi la Fontanas», le Chant de la Nuit de la deuxième partie fut composé au mois de mai. La seconde partie elle-même fut écrite, de nouveau en dix jours, à Sils Maria, entre le 17 juin et le 6 juillet 1883: la première rédaction fut terminée avant le 6 juillet et le manuscrit définitif avant le milieu du même mois.
«L’hiver suivant, sous le ciel alcyonien de Nice, qui, pour la première fois, rayonna alors dans ma vie, j’ai trouvé le troisième Zarathoustra. Cette partie décisive qui porte le titre: «Des vieilles et des nouvelles Tables, fut composée pendant une montée des plus pénibles de la gare au merveilleux village maure Eza, bâti au milieu des rochers -». Cette fois encore «l’œuvre de dix jours» fut terminée fin janvier, la mise au net au milieu du mois de février.