Mais les vivants en gardaient le souvenir

C'était un bonheur inespéré

Et si certain

Qu'ils ne craignaient point de le perdre


Ils vivaient si noblement

Que ceux qui la veille encore

Les regardaient comme leurs égaux

Ou même quelque chose de moins

Admiraient maintenant

Leur puissance leur richesse et leur génie

Car y a-t-il rien qui vous élève

Comme d'avoir aimé un mort ou une morte

On devient si pur qu'on en arrive

Dans les glaciers de la mémoire

A se confondre avec le souvenir

On est fortifié pour la vie

Et l'on n'a plus besoin de personne

Clotilde

L'anémone et l'ancolie

Ont poussé dans le jardin

Où dort la mélancolie

Entre l'amour et le dédain


Il y vient aussi nos ombres

Que la nuit dissipera

Le soleil qui les rend sombres

Avec elles disparaîtra


Les déités des eaux vives

Laissent couler leurs cheveux

Passe il faut que tu poursuives

Cette belle ombre que tu veux

Cortège

A M. Léon Bailby


Oiseau tranquille au vol inverse oiseau

Qui nidifie en l'air

A la limite où notre sol brille déjà

Baisse ta deuxième paupière la terre t'éblouit

Quand tu lèves la tête


Et moi aussi de près je suis sombre et terne

Une brume qui vient d'obscurcir les lanternes

Une main qui tout à coup se pose devant les yeux

Une voûte entre vous et toutes les lumières

Et je m'éloignerai m'illuminant au milieu d'ombres


Et d'alignements d'yeux des astres bien-aimés


Oiseau tranquille au vol inverse oiseau

Qui nidifie en l'air

A la limite où brille déjà ma mémoire



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