Baisse ta deuxième paupière

Ni à cause du soleil ni à cause de la terre

Mais pour ce feu oblong dont l'intensité ira s'augmentant

Au point qu'il deviendra un jour l'unique lumière


Un jour

Un jour je m'attendais moi-même

Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes

Pour que je sache enfin celui-là que je suis

Moi qui connais les autres

Je les connais par les cinq sens et quelques autres

Il me suffit de voir leur pieds pour pouvoir refaire ces gens à milliers

De voir leurs pieds paniques un seul de leurs cheveux

De voir leur langue quand il me plaît de faire le médecin

Ou leurs enfants quand il me plaît de faire le prophète

Les vaisseaux des armateurs la plume de mes confrères

La monnaie des aveugles les mains des muets

Ou bien encore à cause du vocabulaire et non de l'écriture

Une lettre écrite par ceux qui ont plus de vingt ans

Il me suffit de sentir l'odeur de leurs églises

L'odeur des fleuves dans leurs villes

Le parfum des fleurs dans les jardins publics

O Corneille Agrippa l'odeur d'un petit chien m'eût suffi

Pour décrire exactement tes concitoyens de Cologne

Leurs rois-mages et la ribambelle ursuline

Qui t'inspirait l'erreur touchant toutes les femmes

Il me suffit de goûter la saveur de laurier qu'on cultive pour que j'aime ou que je bafoue

Et de toucher les vêtements

Pour ne pas douter si l'on est frileux ou non

O gens que je connais

Il me suffit d'entendre le bruit de leurs pas

Pour pouvoir indiquer à jamais la direction qu'ils ont prise

Il me suffit de tous ceux-là pour me croire le droit

De ressusciter les autres

Un jour je m'attendais moi-même

Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes

Et d'un lyrique pas s'avançaient ceux que j'aime



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