
En disant cela, elle abaissa son regard vers ses mains, et fut surprise de voir qu’elle avait mis un des petits gants de chevreau blancs du Lapin, tout en parlant: «Comment ai-je pu m’y prendre? songea-t-elle. Je dois être en train de rapetisser.» Elle se leva et s’approcha de la table pour voir par comparaison combien elle mesurait; elle s’aperçut que, autant qu’elle pouvait en juger, elle avait environ soixante centimètres de haut, et ne cessait de diminuer rapidement. Elle comprit bientôt que ceci était dû à l’éventail qu’elle tenait; elle le lâcha en toute hâte, juste à temps pour éviter de disparaître tout à fait.
«Cette fois, je l’ai échappé belle! dit Alice, toute effrayée de sa brusque transformation, mais très heureuse d’être encore de ce monde; maintenant, au jardin!» Et elle revint en courant à toute vitesse vers la petite porte. Hélas! la petite porte était de nouveau fermée, et la petite clé d’or se trouvait sur la table comme auparavant; «les choses vont de mal en pis, pensa la pauvre enfant, car jamais je n’ai été aussi petite qu’à présent, non, jamais! C’est trop de malchance, vraiment!»
Comme elle disait ces mots, son pied glissa, et, un instant plus tard, plouf! elle se trouvait plongée dans l’eau salée jusqu’au menton. Sa première idée fut qu’elle était tombée dans la mer, elle ne savait comment, et, «dans ce cas, songea-t-elle, je vais pouvoir rentrer par le train.» (Alice était allée au bord de la mer une seule fois dans sa vie, et elle en avait tiré cette conclusion générale que, partout où on allait sur les côtes anglaises, on trouvait un grand nombres de cabines de bain roulantes dans l’eau, des enfants en train de faire des trous dans le sable avec des pelles en bois, puis une rangée de pensions de famille, et enfin une gare de chemin de fer.) Cependant, elle ne tarda pas à comprendre qu’elle était dans la mare formée par les larmes qu’elle avait versées lorsqu’elle avait deux mètres soixante-quinze de haut.
