
Tout en marchant, le tueur imaginait le sourire de reconnaissance de ses ancêtres. Aujourd'hui, c'était leur combat qu'il menait, il luttait contre le même ennemi qu'ils avaient dû affronter pendant de longs siècles, puisque tout avait débuté au XIe siècle, quand les armées des croisés avaient saccagé pour la première fois, martyrisant, violant, massacrant ses compatriotes, déclarés « impurs », détruisant ses temples, foulant ses dieux aux pieds...
Pour se défendre, ses ancêtres avaient formé une petite mais redoutable armée. Ses campagnes dans le pays, à la recherche d'ennemis à massacrer, lui avaient rapidement acquis une réputation d'impitoyable efficacité. D'une brutalité inouïe, ses guerriers étaient aussi connus pour célébrer leurs tueries en
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consommant des drogues qui les plongeaient dans un état second. Ils appelaient la principale de ces drogues « hachisch ».
Et c'est sous le nom d'hachichin, adeptes du hachisch, qu'on avait fini par les désigner. Au fil du temps, ce terme était devenu synonyme de mort violente, dans presque toutes les langues du globe. Il existe d'ailleurs toujours en français moderne, mais tout comme l'art du meurtre, il a évolué.
Il se prononce aujourd'hui Assassin.
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Soixante-quatre minutes avaient passé quand Robert Langdon, incrédule et légèrement nauséeux, descendit la passerelle et traversa le tarmac sous un soleil de plomb. Un vent frisquet soulevait les pans de sa veste de tweed. Le paysage était magnifique. Clignant des yeux, il balaya du regard les vallées verdoyantes et les pics couverts de neige qui l'entouraient.
Je suis en train de rêver, se dit-il. Je vais me réveiller d'une minute à l'autre.
— Bienvenue en Suisse, lui lança le pilote, obligé de hurler pour couvrir le bruit des réacteurs du X-33 qui décéléraient peu à peu.
