
Langdon avait baptisé ce nouveau cas « le suaire de Tulsa ».
— Comment avez-vous eu mon numéro? demanda Langdon en essayant de garder son calme malgré l'heure matinale.
— Sur le Web, sur le site de votre bouquin.
Langdon fronça les sourcils. Il était parfaitement sûr que le site de son livre ne donnait pas son numéro de téléphone privé.
Ce type mentait, de toute évidence.
— Il faut que je vous voie, insista l'autre. Je vous paierai bien.
Langdon sortit de ses gonds.
— Je suis désolé, mais vraiment je n'ai rien à...
— Si vous partez tout de suite, vous pouvez être ici vers...
— Je n'irai nulle part! Il est 5 heures du matin! Langdon raccrocha et se laissa choir sur son lit. Il ferma les yeux et essaya de se rendormir. Peine perdue. Il était trop contrarié. A regret, il enfila son peignoir et descendit au rez-de-chaussée.
Robert Langdon traversa pieds nus le grand salon vide de sa demeure victorienne du Massachusetts et se prépara le remède habituel des nuits d'insomnie, un bol de chocolat instantané en poudre. La lune d'avril filtrait à travers les portes-fenêtres et animait les motifs des tapis orientaux. Il balaya la pièce du regard. Ses collègues le taquinaient souvent sur son intérieur -
celui-ci évoquait davantage, selon eux, un musée d'anthropologie qu'une habitation privée. Ses étagères étaient bondées d'objets d'art religieux du monde entier - un ekuaba du Ghana, une croix en or espagnole, une idole cycladique de la mer Égée et même un rare boccus tissé de Bornéo, symbole de jeunesse éternelle porté par les jeunes guerriers indonésiens.
– 6 –
Assis sur son coffre Maharishi en cuivre, Langdon savourait son chocolat en surveillant d'un œil distrait son reflet dans la baie vitrée. L'image déformée et pâle évoquait un fantôme. Un fantôme vieillissant, songea le professeur, cruellement rappelé à la réalité de sa condition: un esprit jeune dans une enveloppe mortelle.
