Âgé d'environ quarante ans, Langdon, qui n'était pas beau au sens classique du terme, était le type même de l'universitaire à la mâle distinction qui, selon ses collègues du sexe féminin, plaît tant aux femmes. Avec ses tempes argentées qui rehaussaient une belle chevelure encore brune, son impressionnante voix de basse et le large sourire insouciant d'un grand sportif, Langdon avait gardé le corps du nageur de compétition qu'il avait été à l'université. Et il veillait à maintenir en forme son mètre quatre-vingts longiligne et musclé en s'imposant chaque matin cinquante longueurs dans la piscine du campus.

Ses amis l'avaient toujours considéré comme une énigme.

Tour à tour moderne et nostalgique, il semblait changer de peau à volonté. Le week-end, on pouvait le voir se prélasser sur une pelouse, discutant conception assistée par ordinateur ou histoire religieuse avec des étudiants; parfois, on l'apercevait en veste de tweed sur un gilet à motifs cachemire dans les pages d'un magazine d'art ou à la soirée d'ouverture d'un musée où on lui avait demandé de prononcer une conférence.

Ce grand amoureux des symboles était sans aucun doute un professeur qui ne faisait pas de cadeaux et exigeait une stricte discipline de ses élèves, mais Langdon était aussi le premier à pratiquer « l'art oublié du bon rire franc et massif », selon sa bizarre expression, dont il vantait les mérites. Il adorait les récréations et les imposait avec un fanatisme contagieux qui lui avait valu une popularité sans mélange auprès de ses étudiants.

Son surnom sur le campus, le « Dauphin », en disait long sur son caractère bon enfant mais aussi sur sa capacité légendaire de multiplier les feintes pour tromper l'équipe adverse, lors des matchs de water-polo.

Soudain, le silence du grand salon fut de nouveau troublé, cette fois par une sorte de cliquetis que le quadragénaire à demi assoupi ne reconnut pas tout de suite. Trop fatigué pour s'emporter, Langdon esquissa un sourire las: le cinglé de tout à l'heure ne



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