
«Je suis venu vous dire…»
Elle jeta un regard sur lui, et, se rappelant son bredouillement, se dit: «Non, cet homme aux yeux mornes, si plein de lui-même, ne peut rien sentir, j’ai été le jouet de mon imagination.»
«Je ne puis changer, murmura-t-elle.
– Je suis venu vous prévenir que je partais pour Moscou, et que je ne rentrerai plus dans cette maison; vous apprendrez les résolutions auxquelles je me serai arrêté, par l’avocat qui se chargera des préliminaires du divorce. Mon fils ira chez une de mes parentes, ajouta-t-il, se rappelant avec effort ce qu’il voulait dire relativement à l’enfant.
– Vous prenez Serge pour me faire souffrir, balbutia-t-elle en levant les yeux sur lui; vous ne l’aimez pas, laissez-le-moi!
– C’est vrai, la répulsion que vous m’inspirez rejaillit sur mon fils: mais je le garderai néanmoins. Adieu.»
Il voulut sortir, elle le retint.
«Alexis Alexandrovitch, laissez-moi Serge, dit-elle encore: je ne vous demande que cela; laissez-le jusqu’à ma délivrance…»
Alexis Alexandrovitch rougit, repoussa le bras qui le retenait et partit sans répondre.
V
Le salon de réception de l’avocat célèbre chez lequel se rendit Alexis Alexandrovitch était plein de monde lorsqu’il y entra. Trois dames, l’une vieille, l’autre jeune et la troisième appartenant visiblement à la classe des marchands, y attendaient, ainsi qu’un banquier allemand portant au doigt une grosse bague, un marchand à longue barbe, et un tchinovnick revêtu de son uniforme, avec une décoration au cou; l’attente avait évidemment été longue pour tous.
