Deux secrétaires écrivaient en faisant grincer leurs plumes; l’un d’eux tourna la tête d’un air mécontent vers le nouvel arrivé et, sans se lever, lui demanda en clignant des yeux:


«Que désirez-vous?


– Je voudrais parler à M. l’avocat.


– Il est occupé, – répondit sévèrement le secrétaire en désignant avec sa plume ceux qui attendaient déjà; et il se remit à écrire.


– Ne trouvera-t-il un pas moment pour me recevoir? demanda Alexis Alexandrovitch.


– M. l’avocat n’a pas un instant de liberté; il est toujours occupé, veuillez attendre.


– Ayez la bonté de lui passer ma carte», dit Alexis Alexandrovitch avec dignité, voyant que l’incognito était impossible à garder.


Le secrétaire prit la carte, l’examina d’un air mécontent, et sortit.


Alexis Alexandrovitch approuvait en principe la réforme judiciaire, mais critiquait certains détails, autant qu’il était capable de critiquer une institution sanctionnée, par le pouvoir suprême; en toutes choses il admettait l’erreur comme un mal inévitable, auquel on pouvait dans certains cas porter remède; mais la position importante faite aux avocats par cette réforme avait toujours été l’objet de sa désapprobation, et l’accueil qu’on lui faisait ne détruisait pas ses préventions.


«M. l’avocat va venir», dit en rentrant le secrétaire.


Effectivement, au bout de deux minutes, la porte s’ouvrit, et l’avocat parut, escortant un vieux jurisconsulte maigre.


L’avocat était un petit homme chauve, trapu, avec une barbe noire tirant sur le roux, un front bombé, et de gros sourcils clairs. Sa toilette, depuis sa cravate et sa chaîne de montre double, jusqu’au bout de ses bottines vernies, était celle d’un jeune premier. Sa figure était intelligente et vulgaire, sa mise prétentieuse et de mauvais goût.



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