
Je dus fermer les yeux. Un sentiment d’angoisse me poignait. Je songeai que le palais présidentiel manquait de gonzesses. Je n’y avais rencontré que des hommes jusque-là, à croire que les femmes étaient jugées indignes de servir le premier des Français. On m’avait pourtant assuré, de sources multiples sinon très sûres, que l’hôte ne boudait pas le beau sexe, ce qui ajoutait à la considération que j’avais pour lui.
Dans la torpeur nauséeuse où je macérais, d’autres pensées inquiétantes participaient à mon délabrement interne. Le Président se trouvait dans une fichue situasse. Déjà que ces manques de mémoire lui avaient fait perdre comme qui dirait la clé du champ de tir, et voilà que son plan de bataille électoral barbotait dans les limbes de son esprit. Merde ! Ça ne pouvait pas continuer ainsi. Souffrait-il d’une brusque déficience mentale ? Je ne le croyais pas. Il continuait d’être brillant, affûté. Seulement, il y avait ces fichus couacs ! Comment pouvait-on s’y prendre pour lui chancetiquer la pensarde ? L’envoûtement ? Ça blessait mon entendement simpliste. Le merveilleux, pour moi, est une source délectable à laquelle j’adorerais m’abreuver, mais que je n’ai encore jamais rencontrée dans la vie réelle.
On devait saborder le grand homme autrement. Par des moyens peut-être chimiques, peut-être physiques ? Les savants modernes se livrent une lutte à mort concernant les gadgets en tout genre. J’imaginais assez une sorte de laser astucieux venant balayer le crâne de l’Unique, de temps à autre, pour lui faire gicler les neurones de la tronche comme les noyaux des cerises qu’on prépare à la confiture. Oui, je remuais tout cela dans la tambouillasse de ma fièvre. Je ne parvenais plus à avaler ma salive. Et d’abord, je ne fabriquais plus de salive.
