
Le Président, pudique, détournait son regard de statue africaine.
D’un élan, je me suis arraché. Embardée. J’ai eu que le temps de me rattraper à ma table de chevet. Comment m’étais-je démerdé pour avaler cette lampe à souder qui me balayait le tuyau de descente ?
— Ce serait dramatique si je ne me rasais pas, monsieur le Président ?
Il avait retrouvé son indomptable énergie de Machiavel diplômé de l’Etat.
— Généralement, les gens de mon entourage le sont, mon cher. Et quand ils ne le sont pas c’est parce qu’ils portent la barbe.
O.K. !
Pas de cadeau. Grandeur et servitude !
Je parvins à gagner ma salle de bains. La douche était à cinquante degrés, mais je claquais des dents dessous comme si elle m’avait arrosé d’eau glacée.
Après ce fut mon Braun, bourdon rageur, qui arpenta mes joues pour tondre ce foutu gazon dont le Magistral ne voulait pas.
Il m’attendait toujours dans ma chambre, assis, au milieu de la pièce sur la chaise-prie-Dieu, et j’eus le sentiment qu’il priait, justement. Cet homme comblé avait la foi et élevait son âme au-dessus du niveau de l’amer chaque fois qu’un turbin fâcheux le dépourvait. Là, il devait prier pour récupérer l’intégralité de sa mémoire. Mais se rappelait-il les paroles de sa prière ?
Je sortis des fringues de ma garde-robe. Puis j’appelai m’man. Quand elle me vit saboulé, elle ne put s’empêcher de lancer à notre Illustre :
— Mais il a quarante !
— L’Académie également, plaisanta l’Empereur, qui ne détestait pas de bouter en train à l’occasion.
— M’man, prépare-moi deux aspirines effervescentes, suppliai-je. Y a que ça pour te redonner une certaine vitesse de croisière.
