
Cinq minutes plus tard, nous descendions l’escadrin. La garde rapprochée du Souverain attendait dans notre salon. Ils étaient trois, capables d’allumer n’importe qui en moins d’une seconde. Pour l’heure, c’était des cigarettes qu’ils avaient allumées (après avoir demandé la permission à ma mother). Ils s’engrouillèrent de les écraser et se mirent en essaim autour du noyau.
Dans ma strasse fumante, d’un noir mouillé, tout neuf, mais bientôt salopé, des ouvriers immigrés tartinaient la chaussée en louchant sur les deux motards assis en amazone sur leurs péteuses au repos.
Deux bagnoles attendaient dans une zone déjà rechargée. La grosse noire du Président, et une Renault 11 d’escorte. Le Souverain m’invita à prendre place près de lui. Moins pour m’honorer que pour continuer la converse à voix basse.
— A compter de cet instant, vous ne me lâchez plus d’une semelle, décida-t-il. Vous passez tout au crible de votre observation que je sais aiguë. Si vous suspectez qui que ce soit, agissez immédiatement, n’importe si vous vous trompez. Vous avez les pleins pouvoirs, commissaire.
L’aspirine jointe à la douche prolongée me redonnait un peu de vitalité.
— Si vous me racontiez vos tout premiers symptômes ? lui fis-je. Cela a débuté comment et quand ?
Il regardait droit devant lui, comme toujours. Lui, le futur : à nous deux, Paris ! Dans le fond, il avait toujours aperçu ce que les autres ne songeaient même pas à regarder. Un regard de prophète et de vigie, si tu mords le topo ? Les yeux à la fois out et in. Tournés vers les confins et braqués à l’intérieur de soi-même. Paré, imbaisable ! Il est gagnant, celui qui peut surveiller simultanément sa bite et ses miches.
— Cela, je me le rappelle, déclare triomphalement l’Auguste. C’était au cours d’une conférence de presse que je donnais à…
