
Arthur rebondit une nouvelle fois, dans une posture des plus scabreuses illustrant mal les propos de la princesse et évoquant plutôt un pantin désarticulé, soumis aux caprices de l'apesanteur.
- Il était bienveillant, brillant, excellent ! lâche la princesse qui ne tarit pas d'éloges sur son amoureux disparu.
- Charmant ? demande Arthur à l'occasion d'une nouvelle galipette.
- Le plus charmant de tous les princes que les Sept Terres ont jamais connu. Il était charmeur, batailleur...
Elle s'arrête net. Mais d'où vient donc cette question sournoise et cette petite voix qu'elle n'ose reconnaître ?
Sélénia se retourne alors et voit Arthur apparaître, la tête en bas, contrôlant de moins en moins ses positions.
- Et quoi encore ? demande-t-il au passage, ravi de tant de compliments.
La fureur monte instantanément au visage de Sélénia. Une vraie bouilloire prête à siffler. Mais il n'y a pas que de la fureur dans cette grimace, il y a aussi un peu de honte, celle d'avoir dévoilé, en si peu de temps, tous ses sentiments.
La colère crispe tellement sa mâchoire qu'elle n'arrive même pas à proférer des insultes.
- Et... un sacré baratineur ! ! finit-elle par hurler, tellement fort qu'elle lui remet la tête en haut.
Arthur disparaît à nouveau, tandis que Sélénia s'approche du bord pour découvrir la supercherie.
Arthur rebondit sur une gigantesque toile d'araignée située en contrebas et qui est tissée d'un côté à l'autre du précipice. Sa chute était donc sans risque et sa sortie purement théâtrale. Mais Sélénia n'apprécie pas la pièce et les fourberies de ce Scapin vont se payer. Elle sort son épée et attend qu'Arthur remonte pour lui cracher son encre.
- Tu es l'être le plus manipulateur que je connaisse ! lui balance-t-elle, entre deux coups d'épée qu'Arthur évite de justesse.
- Tu vas voir ce qu'il en coûte de jouer avec les sentiments d'une princesse.
