
Sélénia n'a rien vu, trop préoccupée de son malheur.
- C'est vrai qu'à force de jouer avec le feu, on finit par se brûler, lui balance Bétamèche, plus moraliste que jamais. Sa sœur secoue la tête, prête à accepter, sans sourciller, tous les torts et griefs qu'on pourrait lui proposer. Bétamèche jubile. Pour une fois qu'il a l'occasion de punir un peu sa sœur, il ne va pas se priver et il enfonce le clou là où ça fait le plus mal.
- Comment tu appellerais, toi, une princesse qui laisse ainsi mourir le plus dévoué de ses prétendants ?
- Une petite peste ! égoïste et prétentieuse ! lâche Sélénia, émouvante de sincérité. Comment ai-je pu faire ça ? Comment ai-je pu être aussi stupide et aussi méchante à la fois ? Je me prends pour une princesse et je me comporte comme la dernière des mauvaises filles ! Je ne mérite ni mon nom, ni mon rang ! Et aucun châtiment ne pourra racheter ma faute !
- Effectivement, c'est impossible, renchérit Bétamèche, tandis qu'Arthur apparaît de nouveau, dans une position encore plus loufoque.
- Je ne suis animée que par l'orgueil et la cruauté ! sanglote la princesse. Moi qui pensais qu'il n'était pas digne de moi, quand c'était moi qui n'étais pas digne de lui. Ma tête le sacrifie alors que mon cœur l'avait choisi.
- Ah bon ? Comment ça ? s'intéresse Bétamèche, qui profite du désarroi de sa sœur.
- Dès la première seconde où je l'ai vu, mon cœur s'est mis à battre la chamade, avoue Sélénia entre deux sanglots. Il était tellement mignon, avec ses grands yeux marron et son air perdu. La gentillesse et la beauté illuminaient son visage, tandis que sa silhouette, fine et fragile, respirait la noblesse. Sans le savoir, il marchait déjà comme un prince. Sa démarche était gracieuse, légère...
