
Heureusement que cet épervier était là pour la réveiller. Mais le but du jeune rapace n'était pas uniquement de tirer la grand-mère de son sommeil, et le voilà qui crie encore. La mamie a dressé l'oreille. Elle est prête à tout prendre pour un signe du destin, pour une marque d'espoir.
Avec son regard perçant et son ouïe fine, l'épervier a forcément vu ou entendu quelque chose. Elle en est persuadée et elle n'a pas tout à fait tort.
L'animal envoie effectivement des signaux et prévient on ne sait qui.
Il a vu et entendu quelque chose, avant même qu'on puisse le voir à l'horizon.
Cette chose est une voiture. Un halo de poussière l'accompagne, que le soleil s'amuse à faire scintiller. Le son ne nous parvient pas encore.
L'épervier, toujours posé sur la cheminée, scrute la voiture comme s'il était équipé d'un radar.
La grand-mère s'est redressée doucement dans son canapé. Elle a beau tendre l'oreille, elle n'entend toujours rien. Ou très peu. Une rumeur lointaine peut-être.
L'épervier pousse deux petits cris, comme s'il se renseignait sur le nombre de personnes à bord de la voiture.
Le bruit rauque et pourri du moteur se fait maintenant entendre, malgré la brise légère qui semble l'éloigner. L'épervier décide alors de s'en aller, ce qui n'est pas bon signe.
Il voit et entend avant tout le monde. Aurait-il aussi senti le désastre qui s'avance inexorablement vers la maison ?
La voiture disparaît un instant derrière un talus trop petit pour qu'on l'appelle colline et trop grand pour qu'on le traite de dos-d'âne.
La grand-mère s'éclaircit un peu la gorge, comme pour rompre ce silence devenu pesant. La rumeur qu'elle croyait entendre a de nouveau disparu.
Elle tourne doucement la tête, comme on tourne une parabole pour mieux capter un signal.
La voiture apparaît à nouveau, déboulant de derrière le talus, la calandre en avant, exhibant ses vieux chromes.
