
Le bruit du moteur inonde instantanément la propriété et les arbres se renvoient en écho l'horrible crépitement.
La grand-mère sursaute et se lève tout à coup. Plus de doute à avoir, l'épervier lui envoyait bien un signal. La mamie s'arrange, défroisse sa robe, rajuste la cretonne et s'affole en cherchant les patins.
Le bruit de la voiture semble envahir le salon, et les graviers qui s'entrechoquent font l'effet d'un engin qui vient d'atterrir devant la maison.
La grand-mère abandonne ses recherches et se dirige vers la porte sur un seul patin, ce qui lui donne la démarche d'un vieux corsaire à la jambe de bois.
Le moteur s'arrête, soulageant tout le monde.
La porte de la voiture couine comme une vieille belette, et deux chaussures de cuir usé viennent s'enfoncer dans le gravier. Rien de bon en perspective, l'épervier a bien fait de partir. La mamie parvient jusqu'à l'entrée et se bat avec la clé.
- Mais pourquoi diable ai-je donc fermé cette porte à clé ? se demande-t-elle en grommelant, tête baissée, sans même apercevoir les deux silhouettes que le soleil dessine derrière la porte.
La clé râle un peu mais finit par tourner en rond dans la serrure et libérer la porte.
La grand-mère est tellement surprise par ce qu'elle voit qu'elle ne peut s'empêcher de pousser un petit cri. D'horreur assurément.
Pourtant, le couple souriant qui se trouve sur le palier, n'a rien de terrible.
À part son mauvais goût. Madame est en robe à fleurs, dans les fuchsias, monsieur est en veste à carreaux, dans les verts caca d'oie.
Ça fait mal aux yeux mais il n'y a pas de quoi hurler.
La grand-mère bloque son hurlement et tente de le transformer en un barrissement accueillant.
- Surprise ! chantonne le couple, dans un parfait duo.
La grand-mère ouvre un peu les bras et fait tout son possible pour afficher un sourire qui se veut naturel. La bouche dit « bonjour » quand ses yeux disent « au secours ».
