
La grand-mère sourit davantage et dit oui de la tête.
Cette réponse ne convainc personne et elle se sent obligée de répondre enfin quelque chose.
- Il est... avec le chien, finit-elle par lâcher. Elle est au bord du mensonge mais la réponse semble satisfaire le jeune couple qui s'attendrit.
C'est le moment qu'a choisi Alfred pour arriver en remuant la queue, détruisant d'un seul coup ce parfait alibi.
La grand-mère voit son sourire s'effriter comme une vieille peinture dans le regard des parents.
- Où est Arthur ? demande la mère, d'un ton nettement plus ferme.
La grand-mère étranglerait bien volontiers Alfred pour avoir ruiné son affaire, mais elle se contente de le fusiller du regard.
La queue d'Alfred ralentit progressivement. Il sait qu'il a probablement fait une bêtise et plaide déjà coupable.
- Vous jouez à cache-cache, hein ? demande la grand-mère à Alfred qui fait celui qui comprend.
- Ils adorent jouer à cache-cache ces deux-là ! explique-t-elle. Ils pourraient y jouer pendant des jours ! Arthur se cache et...
- Et c'est le chien qui compte ? rétorque le père qui finit par se demander si on ne se fout pas un peu de lui.
- C'est ça ! Alfred compte jusqu'à cent et après il cherche Arthur !
On n'a pas idée de balancer de telles absurdités, avec une conviction à toute épreuve en plus.
Les parents se regardent, vraiment inquiets pour la grand- mère. Ça sent l'asile.
- Et... vous avez une idée de l'endroit où Arthur peut se cacher ? demande gentiment le père, pour ne pas la brusquer davantage.
La mamie hoche énergiquement la tête, comme pour indiquer un oui franc et massif.
- ... Dans le jardin !
Jamais un mensonge ne l'aura conduite aussi près de la vérité.
