Chapitre 2

Au plus profond du jardin, en se laissant glisser le long des brins d'herbe immenses, en suivant cette galerie de fourmis qui s'enfonce dans les entrailles de la terre, là où naissent les racines des arbres, on trouve la base d'un vieux mur, construit par la main de l'homme.

Sur ce mur rongé par le temps, il y a une petite faille qui court entre les pierres. Mais quand on mesure à peine deux millimètres ce n'est pas une petite faille, c'est un gouffre impressionnant, au bord duquel nos trois héros avancent. Sélénia est toujours en tête, évidemment. La princesse ne semble rien avoir perdu de sa vigueur et sa mission semble occuper tout son esprit.

Elle longe le trottoir, comme si elle descendait les Champs-Elysées, ignorant totalement le vide absolu qui borde le chemin. Derrière elle, jamais très loin, Arthur. Il est toujours aussi fasciné par ce qui lui arrive. Lui qui, il y a quelques heures encore, était complexé par son un mètre trente, le voilà maintenant fier de ses deux millimètres. Et il remercie le ciel à chaque instant pour cette aventure qui l'a déjà tellement enrichi et musclé, de la tête aux pieds.

Il respire profondément, comme pour mieux en profiter. À moins que ça soit pour bomber davantage le torse. C'est ce que font certains animaux pendant la saison des amours. Il faut dire qu'Arthur a moins les yeux sur le gouffre que sur Sélénia.

Il faut avouer aussi qu'elle est jolie, cette jeune fille. Un corps de déesse et un caractère de cochon. Un regard de panthère et un sourire de bébé. Même de dos, on sait qu'il s'agit d'une princesse. En tous cas, c'est ce qu'on peut lire dans le regard d'Arthur qui la suit comme Alfred.

Bétamèche est un peu plus loin, comme si être à la traîne faisait partie de ses fonctions. Il a toujours son sac à dos rempli de milliers de choses qui ne lui servent à rien, sauf éventuellement à lui donner du poids pour qu'il ne s'envole pas.



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