
Il y a un dicton, dans le grand livre des Minimoys, qui résume assez bien ce sentiment. Il s'agit de l'article cent soixante-quinze, que l'on peut lire à la page du même chiffre : « À force de prendre les gens pour des chaises, on finit par s'asseoir à côté. »
Arthur est bien d'accord. À force de vouloir toujours être ailleurs, il était à côté de sa vie, à côté du bonheur qu'on imagine toujours plus loin alors qu'il est souvent si proche.
Arthur lâche un grand soupir, presque en même temps que Bétamèche. C'est pas la grande forme pour nos deux compères qui ressemblent à deux petits vieux, tout courbés sur leur banc.
- Vous n'allez pas rester comme deux malamoutes à râler en attendant la pleine lune ! s'exclame une petite voix, aussi soudaine et décidée qu'un coup de tonnerre.
C'est évidemment Sélénia, toujours en pleine forme, comme si l'adversité était son moteur principal. Dès qu'il y a un problème, une injustice ou bien encore une véritable catastrophe, la petite princesse se dresse aussitôt. Elle est toujours partante pour l'aventure et elle gigote déjà comme un asticot qui cherche une pomme.
- C'est quoi un malamoute ? demande discrètement Arthur en regardant Sélénia faire les cent pas.
Bétamèche est bien embêté. Comment décrire en quelques mots cet animal si complexe ? Le malamoute habite sur la Deuxième Terre, dans les plaines de Labah-Labah. De taille moyenne, il possède une fourrure agréable et deux grands yeux bleus souvent un peu tristes et fatigués. Ils vivent toujours en famille et passent leur journée à se lécher les uns les autres, pour soi-disant prévenir ou enlever des parasites.
