
Il y a aussi le grand salon chaleureux. Sa mamie a tricoté elle-même toutes les cretonnes qui se trouvent devant chaque fenêtre. Cela fait une lumière formidable, à la fois douce et raffinée. L'autre particularité, encore plus appréciable, c'est que cela dessine au sol de formidables dessins, faits d'ombre et de lumière qui enrichissent le grand tapis usé par les voyages, délavé par le temps. Les grandes rosaces que la lumière dessine sur le sol servent aussi de parc autoroutier, où Arthur pousse ses petites voitures pendant des heures dans les formidables courbes dessinées par la lumière et la cretonne.
Pas besoin d'un circuit Vingt-Quatre, ni même de Playstation. La maison entière était un terrain de jeux pour Arthur. La commode faisait office de montagne sacrée, le frigo servait de pôle Nord, quant au jardin, il représentait l'Amazonie, terrain de prédilection de l'horrible yéti, rôle toujours brillamment interprété par Alfred-le-chien.
Une petite larme coule maintenant sur la joue d'Arthur. Penser ainsi à sa maison le rend tout triste et lui fait presque regretter cette aventure. Et puis c'est souvent quand on quitte les choses et les gens qu'on s'aperçoit qu'on les aime. Souvent, ils sont là, toute l'année, juste devant le bout de notre nez, et on n'y prête aucune attention. A peine bonjour à son papa, à peine une bise à sa maman, à peine un regard sur ses jouets considérés comme vieux après deux semaines. Et puis un jour on s'éloigne, un jour on imagine ne plus jamais revoir tout ça, et on se rend compte à quel point on y est attaché. Arthur regrette déjà de ne pas avoir plus profité de tous ces petits bonheurs, de ne pas avoir dit plus souvent à ses parents combien il les aime, combien il est bon de les avoir à ses côtés.
