
- Non ! Non ! marsh-marsh... mallow... à la-à la maison ! J'y-j'y vais-vais ! finit-il par bredouiller en s'emmêlant les bras.
Maltazard semble avoir à peu près compris.
- Eh bien, va et dépêche-toi ! La patience est la seule chose pour laquelle je m'accorde une limite !
Il renvoie d'un geste ce pauvre humain, que la peur a rendu esclave. Armand acquiesce de la tête. C'est amusant, ses dents qui claquent ne font pas le même bruit quand il dit oui et quand il dit non.
Quoi qu'il en soit, Armand détale comme un lapin, en direction de son terrier. Après quelques secondes, Maltazard ne peut s'empêcher de ricaner. L'être humain est encore plus facile à manipuler qu'il ne l'imaginait. Même les séides lui prenaient un peu plus de temps à contrôler. Ici, à peine montre- t-il sa formidable laideur que l'humain se soumet. Même pas la peine de pousser un de ces cris horribles dont il a le secret ou de menacer de ses ongles crochus comme le ferait un aigle. Par sa seule présence, n'importe quel homme se liquéfie et se transforme en doux agneau.
À cette pensée, Maltazard s'autorise un sourire sur son hideux visage. Il faut d'ailleurs bien connaître Maltazard pour savoir qu'il s'agit d'un sourire. Devant une telle grimace, un inconnu aurait déjà appelé le Samu.
Maltazard regarde autour de lui, ce morceau de forêt vide et silencieux. Il n'est en fait pas si vide que ça, car des centaines d'yeux sont cachés un peu partout dans les moindres recoins et observent, la peur au ventre, cette horreur venue d'un autre monde. Maltazard les sent plus qu'il ne les voit, mais un seigneur sait bien qu'il est, de toute façon, observé en permanence. C'est là même sa fonction. Etre le point de mire, le centre de toutes les attentions, comme un phare au milieu de la nuit, guidant les pauvres marins égarés.
Le souverain sourit davantage à cette assemblée qu'il devine. Tout le monde attend son prochain geste avec anxiété, comme si son premier mouvement allait les renseigner sur ses intentions.
