S'il avait été un extra-terrestre, la situation n'eût guère été différente. Vient-il en paix, partager nos joies et nos malheurs, ou débarque-t-il en conquérant prêt à piller toutes nos richesses ? Chacun est donc pendu à ce geste qui ne vient pas, à cette déclaration de guerre ou de paix, mais qui de toute façon bouleversera sa vie.

Mais rien ne vient. Maltazard se contente d'observer et de sourire, comme pour mieux profiter du calme avant la tempête. Il faut dire que chez un pervers comme Maltazard l'attente est la plus raffinée des tortures. Des dizaines de rongeurs commencent à claquer des dents, des centaines d'oiseaux à claquer du bec, des mille-pattes à claquer des genoux.

Soudain Maltazard prend une grande respiration et tout le monde retient la sienne. Après quelques secondes d'un suspense insoutenable, le souverain finit par lâcher un :

- ...Bouh !

Un son si faible qu'il en est presque ridicule, mais la forêt entière sursaute. Ça court dans tous les sens, dans un capharnaüm des plus complets. Les oiseaux tombent dans les pommes, les mille-pattes grimpent aux arbres, les écureuils et les lapins se percutent à l'entrée du moindre terrier. Bref, c'est la panique générale. Maltazard aurait tiré un coup de canon qu'il n'aurait pas eu meilleur résultat. Il se met alors à rire, par saccades, par secousses. Un rire puissant qui, une fois de plus, envahit la forêt, les collines alentour et fait frémir tout le monde, comme à l'approche d'un vent glacial.


Ce rire puissant, aussi mélodieux qu'un glissement de terrain, a réveillé Archibald. Le fameux grand-père s'était assoupi dans son fauteuil, au milieu du salon. Il faut dire qu'il n'a pas dormi de la nuit. Comment aurait-il pu dormir en sachant son petit-fils disparu à jamais au fond du jardin ?

Archibald avait descendu du grenier tous les ouvrages concernant le monde des Minimoys et s'était mis à lire dès huit heures du soir, à la recherche du moindre indice.



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