
Le grand balcon en bois a été repeint d'un bleu pâle, tellement doux qu'on ne serait pas étonné de voir un nuage venir s'y reposer. Le reste a subi une couche de blanc un peu plus brillant. Ça fait plus chic.
Notre abeille entre dans le patio couvert qui longe la façade. L'air y est plus agréable, et une vague odeur de peinture encore fraîche rend l'atmosphère plus agréable encore. La petite abeille en est toute grisée. Elle se laisse aller dans ce vent frais qui la balade doucement le long de la maison. Elle passe au-dessus d'un gros tas tout poilu, qui n'a ni queue ni tête. Mais au passage de l'abeille, l'animal dresse une oreille et bat de la queue pour dire bonjour, donnant par la même occasion un sens à cette chose. Le poilu ouvre un œil et regarde passer l'abeille. Un œil vitreux, paresseux, avec une pointe de malice enrobée d'une bonne couche de bêtise. Pas de doute, il s'agit bien d'Alfred, le chien d'Arthur. Il pousse un grand soupir et se rendort aussitôt. Même quand on parle de lui, ça le fatigue.
Notre abeille a tourné à l'angle de la maison, laissant Alfred à son destin, celui de devenir paillasson, plutôt que chien de chasse. L'insecte est de plus en plus grisé par cette odeur envoûtante de peinture fraîche. Les murs luisent comme des mirages et l'air glisse dessus comme sur un toboggan. Elle ne comprend pas bien pourquoi cet endroit a si mauvaise réputation alors que tout semble être fait pour vous y accueillir. Par contre, il n'y a aucune fleur à l'horizon. Mais l'abeille semble un peu avoir oublié sa mission.
Tout à coup, elle tombe sur un trésor. Là, sur la balustrade en bois qui longe la maison, il y a un petit tas gélatineux, brillant au soleil, appétissant à souhait. Elle s'approche et se pose à côté. Elle n'en croit pas ses yeux à facettes. Une montagne de pistils fermentés, sucrés à mort, prêts au transport. Chez elle, on appelle ça un miracle. Chez nous, on appelle ça plus modestement de la confiture.
