
On l'avait pourtant prévenue de ne pas venir dans cet endroit et elle comprend maintenant pourquoi on le dit maléfique. On aurait dû lui préciser que ce n'est pas l'endroit en lui-même qui est dangereux, mais ceux qui l'habitent et qu'on appelle communément les « hommes ». Et notre abeille n'a apparemment pas de chance aujourd'hui, elle est tombée sur le plus bête d'entre tous : Armand, le père d'Arthur. L'homme regarde l'abeille prise au piège sous son verre et pousse un cri de joie, comme s'il avait pêché une carpe d'une tonne. Le chien Alfred se réveille en sursaut. Un cri d'Armand, fut-ce de bonheur, n'est jamais une bonne nouvelle. Alfred se secoue un peu, histoire d'être plus présentable et trottine jusqu'à l'angle. Il découvre le père hurlant de joie au rythme d'une danse, vaguement indienne, signifiant probablement sa victoire. Mais les signaux ne sont pas très clairs et Alfred donne une autre explication aux contorsions de cet homme : selon lui, il a marché sur un clou. Il n'y a pas de doute à avoir. Quoiqu'il sourie beaucoup pour un homme qui est censé se tordre de douleur.
- Chérie ? ! Viens vite ! Je l'ai eue ! Je l'ai eue ! hurle-t-il dans aucune direction précise.
Sa femme apparaît à l'angle opposé de la maison. Elle s'était cachée là et attendait patiemment que son mari l'autorise à sortir.
Alfred pousse un cri en la voyant arriver. Pas que la jeune femme soit vilaine, bien au contraire, mais il ne l'a tout simplement pas reconnue. Il n'y a d'ailleurs que son mari qui soit capable de la reconnaître dans cet accoutrement. On dirait un épouvantail habillé pour l'hiver, coiffé d'un casque en grillage qui lui gobe la tête et la protège des abeilles et de tout ce qui vole, par la même occasion. Même un filet d'air hésiterait à passer au travers de l'engin.
