
- T'inquiète pas ! Si elle souffre, elle va pas souffrir longtemps ! Va me chercher la bombe !
Un petit frisson parcourt la femme. Même chose chez Alfred. C'est qu'il ne plaisante pas cet homme-là. Il est vraiment en route pour un génocide. Sa femme s'apprête à défendre la cause de la pauvre abeille, mais se ravise quand elle croise le regard haineux de son mari, rivé sur l'insecte. Résignée, elle se dirige vers la maison. Alfred ne peut pas rester là sans rien faire, sans rien tenter. Il en va de sa dignité. La solidarité animale est en jeu. Il part donc à toute allure et saute la balustrade avec une élégance insoupçonnée. C'est vrai qu'à force de le voir roupiller, on l'avait plutôt rangé dans la famille des marmottes que dans celle des kangourous. Quoi qu'il en soit, Alfred dévale le jardin et s'enfonce d'un seul coup dans l'épaisse forêt qui borde la propriété.
Il part chercher du secours auprès de la seule personne qui puisse résoudre un drame de cette importance. Un homme exceptionnel qui sait faire face à toutes les situations, un aventurier aux mille et un exploits, aimé de tous et craint par les autres.
En un mot : son maître, Arthur.
Chapitre 2
Il fait bien sombre à l'intérieur de la tente traditionnelle des Bogo-Matassalaïs. Seul un trait de lumière indique l'entrée, découpée à même le tissu. L'édifice est tout en hauteur. Cinq morceaux de bois, longs et fins, croisés au sommet et retenant une grande toile composée en réalité d'une multitude de peaux de bêtes, soigneusement cousues les unes aux autres. Ces peaux furent bien sûr récupérées sur des animaux morts de mort naturelle. Les peaux cousues au sommet proviennent des compagnons les plus fidèles, comme Zabo le zébu, qui protégea le clan pendant plus de trente ans. Mais le clan est loin aujourd'hui, et la toile n'abrite plus que cinq guerriers.
