Ils sont tous réunis autour du feu. Toujours aussi grands (deux mètres trente-cinq de moyenne) et toujours aussi beaux. Leur coiffe magnifique semble avoir moins de coquillages et de plumes que d'habitude. C'est la tradition à l'approche de l'automne. Plus les feuilles tombent des arbres, plus les Matassalaïs enlèvent de plumes sur leurs coiffes. Perdre ses feuilles est toujours un traumatisme pour un arbre. Les guerriers montrent ainsi leur solidarité en perdant aussi quelques plumes. Les arbres se sentent ainsi moins honteux.

Les cinq Matassalaïs étendent leurs bras et attrapent les mains de leurs voisins.

- Hum ! Un peu plus bas, s'il vous plaît, chuchote un petit bonhomme, assis en tailleur, un mètre cinquante plus bas que les autres.

Un petit bonhomme au visage bariolé de peintures de guerre et à l'étrange chapeau, composé d'un gros coquillage et de trois plumes. Cela pourrait être n'importe quel petit bonhomme, mais des petites taches de rousseur percent sous la peinture guerrière. Des petites taches de rousseur que l'on reconnaîtrait entre mille.

- Excuse-nous, Arthur, nous avions la tête ailleurs, avoue le chef de la tribu.

Les guerriers sourient au petit garçon et lui attrapent les mains afin d'agrandir le cercle. Tous prennent ensuite une longue et profonde inspiration, puis d'un même souffle vident leurs poumons sur le feu qui s'en réjouit. Rapidement, Arthur n'a plus rien à expirer, alors il inspire discrètement une autre goulée d'air et souffle à nouveau. Il sera obligé de s'y reprendre à trois fois pour finir en même temps que les grands guerriers. À croire qu'ils ont avalé des bonbonnes d'oxygène.

- Bien, très bien, lâche le chef, satisfait de cette introduction. Maintenant, le grand livre.

L'un des guerriers attrape l'ouvrage finement relié d'un cuir centenaire et le passe avec précaution à son chef qui l'ouvre en son milieu.



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