Même si personne ne dit rien, il paraît clair que refuser de boire le breuvage serait pris comme un affront, pire encore, une insulte. Et insulter un grand guerrier matassalaï est sûrement la meilleure façon de finir dépecé, cousu à côté de Zabo le zébu qui trône au-dessus de la tête d'Arthur. Il n'a donc pas le choix. Plutôt mourir avec dignité que mourir de honte. Arthur bloque sa respiration et avale tout le liquide d'une seule traite, comme quand sa mère lui donne à boire cet infâme sirop spécialement conçu pour dégoûter les enfants et qui, éventuellement, soigne les bronchites.

Arthur relâche une goulée d'air tellement chaude qu'elle se transforme en un petit nuage. Si cette mixture était censée lui ôter la vie, elle est plutôt vicieuse car, pour l'instant, Arthur ne sent rien de spécial, à part la chaleur qui descend dans son corps.

- Alors ?  À quoi ça ressemble ? lui demande le chef, toujours avec son petit sourire.

- À... on dirait du... un goût de... marguerite ?

Les guerriers éclatent de rire en entendant cette réponse aussi simple qu'honnête.

- Exactement ! Voilà une très bonne analyse ! affirme le chef. Arthur sourit à son tour, amusé par sa propre naïveté.

- La vérité sort de la bouche des enfants, lance le chef.

Mais Arthur sait très bien que ce dicton-là n'est pas un proverbe des Matassalaïs.

Les guerriers sont de bonne humeur aujourd'hui et pas loin du fou rire collectif.

- Quelles sont les propriétés de cette soupe ? demande Arthur, toujours aussi curieux.

- Il n'y en a absolument aucune ! lui répond le chef, déclenchant ce fou rire que tout le monde semblait attendre. C'est juste la tradition ! Nous, on suit ce qui est marqué dans le livre ! parvient à dire le chef entre deux rires saccadés.

- Le livre... de cuisine ! rajoute un guerrier en explosant d'un rire communicatif.



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