- Aujourd'hui, cent trente-septième jour du calendrier sélenniel, la fleur du jour est la marguerite, et nous allons l'honorer. Sans attendre, chacun des guerriers, Arthur y compris, jette une marguerite dans le petit pot de terre qui chauffe sur le feu. L'eau frétille et les marguerites se ramollissent.

Arthur regarde la mixture se préparer, curieux et dégoûté à la fois. Même si cela sonne bien, la « soupe de marguerites » ne fait pas partie de ses plats préférés.

À l'aide d'une louche en bois, visiblement taillée à la main, le chef sert un plein bol de la soupe du jour à Arthur. L'enfant grimace un merci à peine audible.

- Le proverbe du jour ! annonce le chef en lisant la page de droite du grand livre. « La nature te nourrit tous les jours. Un jour tu nourriras la nature. Ainsi le veut le grand cercle de la vie. »

Arthur reste muet, autant préoccupé par le contenu de son bol que par celui de la phrase. S'il n'a rien contre le principe de donner un jour son corps à la nature, il espère néanmoins que ce sera le plus tard possible et que cette charmante soupe à la marguerite n'est pas là pour avancer cette promesse. Et puis, elle sent bizarre, cette soupe. Il n'y a pas que de la marguerite là-dedans, Arthur en est persuadé.

- Vas-y, bois ! lui dit gentiment le chef.

« Pourquoi si gentiment ? Et pourquoi ne boivent-ils pas, eux ? » se demande Arthur, soudain méfiant. Mais les visages sont fermés et il n'obtient aucune réponse.

- C'est un peu chaud ! réplique le petit garçon, décidément toujours aussi malin.

Le chef a senti sa réticence. Il lui sourit avec affection. Il comprend évidemment que ces rites de grands guerriers puissent impressionner le petit bonhomme qu'il est. Alors, histoire de montrer l'exemple, le chef avale le contenu de son bol, en une seule longue et lente gorgée. Les quatre guerriers font de même. Sans sourciller, sans grimacer. Arthur grimace pour eux. Puis tous les regards se tournent vers lui.



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