
- Oui, comme la salade, lui répond la Mamie, en souriant davantage. Allez, range-moi tout ça, on doit aller en ville faire quelques courses.
- Ça veut dire pas de douche pour aujourd'hui ? se réjouit Arthur.
- Non, ça veut dire pas de douche pour l'instant ! Tu la prendras en rentrant ! Allez dépêche-toi ! lui ordonne la grand-mère.
Arthur range méthodiquement les livres qu'il a dérangés tandis que la Mamie remet à sa place le masque africain. C'est vrai qu'ils ont fière allure, tous ces masques de guerriers offerts à son mari en signe d'amitié. La grand-mère les regarde un instant, se remémorant probablement quelques-unes des aventures qu'elle a partagées avec son mari maintenant disparu.
La nostalgie l'envahit quelques secondes et elle lâche un profond soupir, long comme un souvenir. « Mamie ? Pourquoi il est parti Grand-père ? » La phrase résonne dans le silence, et cueille la grand-mère en pleine nostalgie.
Elle regarde Arthur qui est face au portrait du grand-père, casque et tenue coloniale de rigueur.
La grand-mère cherche un peu ses mots. Ça lui fait toujours ça quand l'émotion est trop proche. Elle va vers la fenêtre ouverte et respire un grand coup.
«... J'aimerais bien le savoir...», lâche-t-elle avant de refermer la fenêtre. Elle reste là encore un instant, à observer le jardin à travers les vitres.
Un vieux nain de jardin lui sourit, fièrement planté au pied d'un chêne imposant qui règne sur les lieux. Combien de souvenirs ce vieux chêne a-t-il emmagasinés dans sa vie ?
Il pourrait probablement raconter cette histoire mieux que personne, mais c'est la grand-mère qui témoigne : « Il passait beaucoup de temps dans son jardin, près de son arbre qu'il aimait tant. Il disait qu'il avait trois cents ans de plus que lui. Ce vieux chêne avait donc forcément des tas de choses à lui apprendre. »
Sans faire de bruit, Arthur a mis un bout de fesse sur le fauteuil et se délecte de l'histoire qui commence.
